Les perturbateurs endocriniens au cœur du débat

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La Mutualité Française Occitanie organisait un débat sur les perturbateurs endocriniens le mardi 2 octobre dans le hall du siège de Midi Libre à Montpellier.
Une thématique soutenue par Pierre-Jean Gracia, Président de la Mutualité Française Occitanie, qui a la conviction qu’il faut informer, vulgariser, tout en s’appuyant sur la communauté scientifique pour aider à la décision et à l’action politique.

Michèle Rivasi, euro-députée Europe Ecologie – les Verts, militante engagée contre les perturbateurs endocriniens, le Pr. Charles Sultan, professeur en endocrinologie pédiatrique à Montpellier, spécialiste mondial des perturbateurs endocriniens et des risques qu’ils font peser sur la santé et Claire Richaud,  présidente bénévole de Générations Cobayes, qui mobilise les 18-35 ans sur les sujets liés à la pollution environnementale étaient présents et ont vivement réagi sur la question des perturbateurs endocriniens et de leurs effets sur la santé.

Bisphénol A, parabens, glyphosate, distilbène, phtalate, chlordécone, pesticides, etc. Présents dans de nombreux produits de consommation courante, ces perturbateurs endocriniens (PE) sont des substances chimiques accusées de contaminer et perturber le système hormonal humain.

Une substance chimique qui n'épargne personne

Les PE sont des substances chimiques susceptible d’interférer avec tout le métabolisme hormonal avec des conséquences sur la fertilité et la recrudescence de maladies et malformations génitales. « Personne n’est épargné » affirme le professeur Charles Sultan. Ils sont présents dans un grand nombre de produits du quotidien : bouteilles en plastique, canettes, détergents, jouets, cosmétiques, vêtements, alimentation… et les produits cosmétiques, particulièrement dangereux chez la femme enceinte.

Un effet transgénérationnel prouvé

L’effet transgénérationnel des PE est démontré chez l’homme au travers par exemple de deux scandales sanitaires internationaux le distilbène et l’agent orange. « Nous avons été les premiers à dénoncer cet effet chez les petits-enfants distilbène. C’est le cas aussi pour les arrières-petits-enfants de l’agent orange » rappelle l’endocrinologue de Montpellier.

Protéger les femmes enceintes et le nouveau-né

« La majorité des pathologies de l’adulte trouve son origine dans la vie fœtale » poursuit Charles Sultan. Le distilbène est un modèle d’étude : il contamine le fœtus puis entraine en période néonatale des malformations, puis en période pubertaire une obésité et une puberté précoce.

Un rapport de force avec les lobbys

L’eurodéputée Michèle Rivasi monte au créneau. « Le politique doit reprendre le pouvoir sur les industriels pour défendre l’intérêt général ». Elle dénonce « l’influence forte des lobbys industriels » et « des scientifiques qui participent à la fabrique du doute, en produisant l’impression d’une absence de consensus, là où il n’y a pas de controverse », affirme-t-elle. Aux lobbys qui font valoir les risques important sur l’emploi, Charles Sultan répond qu' »il ne faut pas oublier que le coût sanitaire et sociétal des pathologies induites par les perturbateurs endocriniens est aussi conséquent que les enjeux économiques de l’industrie ». Dans la pratique, il est pour le moment très difficile de reconnaître une substance dangereuse comme perturbateur endocrinien dans l’Union européenne.

Un enjeu considérable sur la définition

A Bruxelles, qui doit légiférer sur le sujet, il est question de proposer une définition et des critères d’identification. « Si on veut les supprimer, il faut les définir » explique Michèle Rivasi pour qui le compte n’y est pas. « Le projet de réglementation de la commission est hautement toxique, un cadeau empoisonné, dangereux et irresponsable ». Pour le moment, la définition proposée par la Commission est une définition industrielle dictée par les lobbys. « La définition doit être scientifique pour prendre en compte la perturbation » insiste-t-elle.  La Commission européenne a l’occasion de faire un texte novateur avec un niveau de protection élevé mais se contente à l’heure actuelle d’une évolution mineure. « Le niveau de preuve demandé est bien plus important que pour d’autres substances dangereuses comme les cancérigènes », affirme l’eurodéputée.

Le risque de l'effet cocktail

Le Pr. Sultan redoute le passage d’une logique d’exposition négligeable à celle de risque négligeable dans laquelle une dose limite de perturbateurs endocriniens est tolérée. « Il est très difficile d’identifier un niveau de dose en dessous duquel il n’y aurait pas d’effets, même lorsque les quantités sont infimes », poursuit l’endocrinologue. D’autant que le scientifique qui travaille sur cette question depuis 20 ans redoute particulièrement l’effet cocktail, c’est-à-dire l’accumulation de 50 à 100.000 substances nocives qui majorent le risque.

Changer ses habitudes de consommation

Etudiants, jeunes actifs, jeunes parents, etc. Les adhérents de Génération Cobayes sont profondément indignés par le manque d’ambition des politiques actuelles mais restent enthousiastes et se mobilisent. Tout l’enjeu de cette association est de parler de ces sujets anxiogènes pour déconstruire la peur. « Pour être dans l’action, nous proposons des alternatives avec un discours positif montrant qu’il est facile et pas cher de changer ses habitudes de consommation. L’information est à portée de clic. On peut se faire plaisir sans se faire de mal ! » s’amuse la présidente Claire Richaud. L’outil le plus connu est celui des 7 commandements de l’éco-orgasme qui a touché 200.000 jeunes en 2017. Tous ces jeunes représentent une force citoyenne importante qui se mobilise pour faire évoluer les choses.

Appel à la mobilisation citoyenne

« Il nous faut des politiques strictes, sévères, coercitives pour prendre en charge la gravité de ce scandale sanitaire. C’est aux politiques de jouer ! » insiste l’endocrinologue. « Nous devons protéger les générations à venir ». « Les scientifiques ont fait leur travail. Maintenant, les citoyens doivent faire pression au niveau de leur gouvernement » indique Michèle Rivasi.

Les « prises de consciences des générations futures sur le sujet et leurs capacités d’action sera grandissante » conclut Claire Richaud.