Les déserts médicaux et accès aux soins au cœur du débat

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Délais trop importants, éloignement géographique, accès à certaines spécialités, … autant de raisons qui font que les Français déclarent avoir déjà renoncé à se faire soigner. Ce mardi 6 mars, le journal l’Indépendant accueillait dans une salle comble la deuxième matinée-débat « Voix de la santé » organisée par la Mutualité Française Occitanie.

Pour répondre à ces interrogations, trois acteurs clés du système de santé ont débattu : Etienne Caniard, représentant de la Mutualité Française au Conseil économique social et environnemental (CESE), Monique Cavalier, directrice de l’Agence régionale de Santé Occitanie (ARS), et Stéphane Oustric, membre du Conseil national de l’Ordre des Médecins (CNOM).

L’expression « désert médical » est évocatrice mais les invités nuancent en parlant d' »obstacles à l’accès au soin ». Un chiffre pour illustrer le débat : 83 médecins pour 100.000 habitants en Lozère et 122 dans les Pyrénées-Orientales (record national). Si cela montre des écarts importants d’un département à l’autre, Monique Cavalier (ARS) tempère :  » la désertification médicale n’est pas une réalité qui touche exclusivement le rural. Elle concerne également les espaces urbains ». Et au-delà du critère géographique, se pose aussi la question de l’accessibilité économique : « Dans un même lieu, l’accès au soin n’est pas le même selon la situation sociale. Près d’1 million d’habitants vit sous le seuil de pauvreté en Occitanie. Cette population a besoin d’accompagnement » rappelle Monique Cavalier (ARS). Stéphane Oustric (CNOM) confirme : « Le regard a trop été porté sur la ruralité. L’enjeux est aussi sur les métropoles en zone urbaine dense ». Etienne Caniard (CESE) souhaite relativiser le débat : « les vraies difficultés d’accès aux professionnels de santé concernent plutôt les personnes âgées et/ou handicapées pour lesquels l’éloignement est dramatique ».

Répartition entre les professionnels de santé

Après une explosion de la démographie des professionnels de santé dans les années 70-80, la France connait aujourd’hui une phase de transition. Monique Cavalier (ARS) se veut rassurante : » les mesures pour desserrer le numerus clausus vont produire leurs effets à l’horizon 2025, et la stratégie nationale de santé exprimée en décembre 2017 se met en mouvement ». Pour Etienne Caniard (CESE), il faut réfléchir à une nouvelle organisation du système de santé : « ce n’est pas un problème quantitatif mais plutôt de répartition entre les professionnels de santé et d’organisation ». Pour l’ancien président de la Mutualité française, le débat sur le numerus clausus est dépassé car la moitié des médecins généralistes formés n’exercent pas la médecine générale : « les vrais besoins aujourd’hui sont dans l’accompagnement pour un accès au bon professionnel en fonction de son problème médical ».

Une solution adaptée à chaque territoire

Maitres de stages, bourses en échange d’un engagement d’installation en zone sous-dense, garantie de revenus, télémédecine… Pour les trois invités, tous les acteurs du territoire doivent faire converger les outils pour une réponse par territoire. « L’installation forcée ne fonctionne pas. Nous réfléchissons à des activités multi-sites avec un plateau technique et plusieurs lieux de consultations » affirme Stéphane Oustric (CNOM). Pour ce dernier, l’un des enjeux est d’améliorer les conditions d’exercice : « La population et les élus doivent comprendre que les jeunes médecins aspirent à une qualité de vie avec des amplitudes horaires moins grandes, de la mobilité durant leur carrière, et exercer de manière collégiale à l’échelle d’un bassin de vie ». « La télémédecine et le transfert des tâches seront des points fondamentaux dans l’organisation du système de santé » précise Etienne Caniard (CESE). Stéphane Oustric (CNOM) met en avant le succès en ex Midi-Pyrénées de la mise en place des 4 semestres de stages chez les médecins généralistes qui ont poussé 53% des internes à s’installer. « C’est la pédagogie par la preuve ! »

Libérer les énergies des acteurs locaux

Pour Etienne Caniard (CESE), le pessimisme ambiant est contredit par les initiatives. « Je suis frappé de voir combien les idées sont présentes et la volonté des engagements forte. Nous avons besoin d’une vraie décentralisation. Le système a été bâti sur une égalité de droits certes mais il faut être capable d’y mettre de la souplesse » conclut-il.

Pierre-Jean Gracia, Président de la Mutualité Française Occitanie a clôturé les échanges en insistant sur la nécessité d’écouter les impatiences et le ressenti des citoyens sur les territoires sur ce sujet crucial de l’accès aux soins.