Ciné santé débat : l’autorité parentale en question

Parents démissionnaires ou société en perte de valeurs, beaucoup d’adolescents sont livrés à eux-mêmes. Avec l’augmentation croissante de la délinquance juvénile, la question de l’autorité parentale n’a jamais autant fait débat. La Mutualité Française Languedoc-Roussillon, accompagnée de l’association Parenthèse, son partenaire historique dans les Pyrénées-Orientales, ont organisé le 22 novembre dernier une soirée « ciné santé débat » sur le thème de l’adolescence et de l’autorité parentale. La projection du film « L’enfant d’en haut » a été suivie d’un échange entre professionnels de santé et parents soucieux de s’exprimer sur un sujet parfois douloureux, souvent difficile.

On parle souvent d’instinct maternel pour qualifier ce qui serait de l’ordre de l’innée chez la femme en matière d’éducation. Mais parler d’instinct maternel n’a-t-il pas aussi pour conséquence de faire culpabiliser celles pour qui ces relations sont conflictuelles, celles pour qui le fait de devenir mère n’a rien de naturel et qui se sentent dépassées par l’éducation et l’autorité parentale ? La notion de parents démissionnaires est relayée par les médias citant un nombre croissant de faits divers pour illustrer le phénomène. Réalité ou abus de langage ? Qu’est ce que l’autorité parentale ?

C’est pour échanger autour de ces questions que la Mutualité Française Languedoc-Roussillon et l’association Parenthèse, ont organisé un ciné santé débat le 22 novembre à Perpignan. Parents, jeunes adultes et professionnels de l’enfance se sont retrouvés pour assister à la projection du film « L’enfant d’en haut » au cinéma le Castillet, et pour débattre de la question difficile des rapports parents adolescents.

Une nouvelle approche des débats sur la santé

A l’image de cette maman accompagnée de son fils âgé de 16 ans, de nombreux parents sont venus avec leurs enfants, devenus adolescents. «Partager un moment ensemble, regarder un film et peut-être en parler après, je me suis dit que c’était un bon moyen de relancer le dialogue entre nous, de parler de nos difficultés, du conflit que nous vivons en ce moment ». Le dialogue comme remède aux maux de la famille. C’est une thèse que semble partager Bernard PIALNALDI, psychologue clinicien,  thérapeute familial et vice-président de l’association Parenthèse chargé d’animer le débat : « les conflits entre les parents et les adolescents ont souvent pour point de départ le manque de communication. »

Comment inciter les parents  à venir échanger et parler en public des difficultés qu’ils rencontrent avec leurs enfants ? Le ciné santé débat est un moyen efficace pour libérer la parole. Tel un prélude au débat, la projection du film permet d’illustrer un sujet dans lequel certains peuvent s’identifier, projeter leurs propres interrogations, dédramatiser ou encore trouver un début de réponse. En effet, si dans un premier temps, les interventions qui ont suivi la projection étaient en rapport direct avec le film, les questions et remarques se sont faites plus personnelles. Le film est une porte d’entrée à la discussion et à l’échange.

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Bernard PIALNALDI, psychologue clinicien, thérapeute familial et vice-président de l’association Parenthèse : « Ce film soulève un certain nombre de questions sur la protection de l’enfant. Ils sont livrés à eux-mêmes, sans présence d’adultes, sans autorité parentale. ils n’ont plus d’interdits, plus de limites… »

Le silence et l’attention qui régnaient dans la salle durant la projection du film  reflétaient parfaitement la tension et l’émotion du film. Un film dramatique dans lequel deux mondes se font face sans jamais se côtoyer. Celui de touristes fortunés venus skier dans une station qui surplombe la grisaille des tours d’une citée industrielle en contrebas. Une ville à l’abandon dans laquelle Simon  tente de subvenir à ses besoins et ceux de sa sœur en volant des skis et des équipements pour les revendre ensuite aux enfants de son immeuble. Ce film poignant d’Ursula MEIER pose la question des rapports parents enfants sous l’angle du déni. Peut-on être une mère quand on n’a pas souhaité le devenir? Peut-on être parent lorsque l’on est soi-même adolescent ? Des questions comme point de départ pour le débat animé par des psychologues de l’association Parenthèse et par Françoise BERNARD, responsable de la promotion de la santé de la Mutualité Française Languedoc-Roussillon.

Autorité parentale : entre autoritarisme et laxisme

L’autorité parentale fait partie du processus de protection de l’enfant. Les parents ont des droits et des devoirs pour élever et protéger leurs enfants. Mais certains adultes sont eux-mêmes à la dérive. Précarité, isolement, manque de communication, familles déstructurées, les causes pouvant engendrer une perte de repères sont nombreuses. Quelles soient d’ordre psychologique, familial ou social, souvent l’enfant en paye les conséquences.  

Là où certains ne voient que du laxisme et parlent de parents démissionnaires, d’autres y voient le désarroi de certains adultes démunis face à la mutation de notre société. Une éducatrice confirme et précise : « Nous voyons des cas de mères isolées en grande précarité qui se sentent complètement dépassées par l’éducation de leurs enfants et ne savent plus où donner de la tête. » Entre recherche d’emploi, démarches administratives, l’inquiétude quotidienne et l’angoisse de l’avenir se répercutent sur l’enfant imprégné de cette insécurité. Les rôles s’inversent parfois avec, comme dans ce film, l’enfant chargé de subvenir aux besoins matériels et affectifs de sa mère. 

Mauvais parents ou société en perte de valeurs, peut importe les causes, les chiffres de la délinquance sont, eux, indiscutables et montrent une augmentation régulière et grandissante du nombre de délits commis par des mineurs. Vols, incivilités ou absentéisme à l’école, beaucoup de jeunes semblent être effectivement livrés à eux-mêmes dans une époque où la grandeur de l’âme semble être détrônée par la richesse matérielle.

Valeurs en crise : La consommation comme substitut d’idéaux

En l’espace de quelques générations, nous sommes passés d’un régime familial autoritaire, où  le manque d’obéissance et de respect était immédiatement sanctionné à une époque de l’enfant roi. Pour lui, tout est permis et ses besoins doivent être assouvis immédiatement. L’enfant est devenu consommateur.

L’autorité a longtemps été gage de stabilité, d’équilibre au sein de la famille. Si l’image du patriarche autoritaire pouvait avoir quelque chose de rassurant, cette vision de l’autorité parentale semble aujourd’hui tout droit sorti d’un vieux film en noir et blanc. Face à des jeunes qu’ils ne comprennent plus, oubliant par la même occasion leurs droits et devoirs, certains parents « achètent » la paix familiale avec des « Fait ce que tu veux ».

Mathieu GRAELL, vice-président de l’association Parenthèse et psychologue clinicien s’inquiète des conséquences : « L’un des drames de cette chute d’autorité parentale c’est le problème de la consommation effrénée, où l’on nous propose de trouver un substitut, une jouissance dans la consommation. » Comme si la possession d’objets pouvait palier au vide laissé par la perte de nos repères. « On nous vend cela comme un idéal, c’est la seule solution qu’on nous propose pour être heureux, pour exister. C’est un symptôme très moderne et malheureusement illusoire. » Travaillant aussi dans un centre d’aide aux addictions, Mathieu GRAELL ose la comparaison avec ses patients : « On ne cherche plus à réparer ce qui s’est brisé, préférant la facilité d’un substitut, d’un leurre ». Comme pour combler un manque par une addiction, idée paradoxale qui n’apporte évidement aucune solution.

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Mathieu GRAELL, vice-président de l’association Parenthèse et psychologue clinicien: « A notre plus grande surprise, beaucoup d’adolescents viennent d’eux-mêmes pousser la porte de notre association, orientés par les infirmières scolaires et les assistantes sociales. »

Mais Mathieu GRAELL se refuse à tout fatalisme et explique qu’il est parfois nécessaire de prendre du recul sur sa propre situation pour mieux la comprendre et se faire aider. L’association Parenthèse est un espace d’accueil pour écouter, soutenir et accompagner les parents et les adolescents. Le partenariat établi de longue date avec la Mutualité Française Languedoc-Roussillon permet de mieux faire connaître le travail de ces structures d’aide et d’accompagnement. Les actions menées conjointement, comme ce ciné santé débat, n’ont pas la prétention de régler le problème. Elles permettent toutefois d’unir les ressources et les compétences pour aborder ces questions au mieux et orienter les familles. L’adolescence sera toujours une période difficile. Savoir demander de l’aide pour mieux la traverser, c’est un peu franchir le cap pour devenir adulte.

R.Lebert-Suave